Si le Japon est considéré aujourd'hui comme le haut-lieu d'où nous viennent les grands experts et les maîtres de cet art martial, c'est en fait l'île d'Okinawa, au sud du Japon, qui fut le berceau du Karaté.
En tant que méthode d'exercice des mains et des pieds, le Karaté remonte à l'Antiquité;mais l'histoire du Karaté actuellement popularisée par les Japonais a commencé vers les années vingt.
Comme toutes les techniques, le Karaté a évolué s'est enrichi d'apports d'autres sports de combat. De nombreux mouvements n'ont été incorporés que depuis les années quarante; d'autres se sont perfectionnés grâce aux recherches récentes de jeunes Maîtres.
L'histoire, ou la légende, raconte que c'est en Inde que naquit, il y a plus de deux mille ans, une méthode guerrière qui peut être considérée comme ayant inspiré le Karaté actuel.
Le moine bouddhiste BODHIDHARMA mit au point ce qui n'était tout d'abord qu'une méthode d'éducation physique appelée EKKIN KYO ou SHAOLIN-ZU- KEMPO.
Son but était de donner à ses disciples le moyen de conserver la forme et la santé par des exercices destinés à compenser les longues heures de méditation. En raison de son efficacité en combat, la méthode servit bientôt aux moines à se défendre contre les nombreuses agressions dont ils étaient victimes au cours de leurs pérégrinations.
Les moines ayant été les détenteurs de cette technique, on comprend la raison de son extension dans le reste du monde asiatique au rythme du développement du Bouddhisme, et notamment du Bouddhisme Zen.
En Chine, cette méthode se combina avec des méthodes locales. Le résultat en fut la boxe chinoise appelée CH'UAN-FA, KUNG-FU, KEMPO ou encore TAI CHI. Ces techniques sont encore actuellement pratiquées en Chine
Au XVe siècle, sous les empereurs MING, les Chinois conquirent l'île d'Okinawa, dans le Pacifique. Aussi les "arts du poing" chinois furent-ils, entre autres choses, introduits et fusionnèrent-ils avec les arts de combat locaux; c'est ainsi que naquit le Karaté d'Okinawa, ou OKINAWA-TE. Deux siècles plus tard un élan décisif lui fut donné lors de la conquête des îles Ryukyu, au sud du Japon, par Shimazu, seigneur féodal japonais.
Okinawa passa sous le joug japonais et les insulaires se virent rigoureusement interdite la possession de toute arme. Cette interdiction produisit l'effet contraire de celui qu'avaient escomptés les militaires japonais : l'OKINAWA-TE fut pratiqué intensément et atteignit un très haut niveau de perfectionnement technique; le Karaté (quoique ce ne fut pas encore son nom) fut alors développé sous sa forme la plus violente, dans le but de tuer à main nue. Vers 1900, l'étude de l'Okinawa-Te fut systématisée dans l'île, mais dans un but plus pacifique : On reconnu dans cette technique un remarquable moyen d'éducation et on décida de l'enseigner dans les écoles. Les instructeurs en chef furent Ankoh Itosu et Kanruo Higaonna, qui mirent au point le style classique de l'Okinawa-Te.
Ce fut l'époque de la formation et de l'instruction de ceux qui allaient devenir les maîtres dont nous respectons la mémoire et porter l'enseignement de leur art hors d'Okinawa.
En passant par dessus le bras de mer qui sépare l'ile du Japon, l'unité d'origine du style d'Okinawa se brisa ; mais par le fait même de la multiplication des styles, l'ancien Okinawa-Te allait connaître un succès prodigieux.
GIGHIN FUNAKOSHI fit des démonstrations retentissantes à Tokyo en 1917, puis en 1922, tandis que ASAMOTO MOTOBU introduisait cet art à Osaka en 1923, et que NORIMICHI YABE, un autre instructeur connaissait un vif succès à Los Angeles (U.S.A.).
Dès lors le Karaté prenait un essor extraordinaire; et en premier lieu, au Japon où l'on ne connaissait encore que le JIUJITSU (autre art de défense et d'attaque qui ne reposait pas exclusivement sur les coups frappés et dont le Japonais JIGORO KANO avait sélectionné des techniques pour créer le Judo en 1882).
Si GIGHIN FUNAKOSHI est considéré comme le père du Karaté moderne, il faut citer d'autres instructeurs : KENWA MABUNI, MIYAGI CHOJUN et HIRONORI OTSUKA. Ce sont ces hommes qui ont été à l'origine des grands styles actuels du Karaté japonais :
- le style SHOTOKAN (créé par FUNAKOSHI), bas et léger. Il est surtout populaire dans l'Est du Japon.
- le style SHITORYU (créé par MABUNI), un peu plus haut et plus puissant. Il est surtout populaire dans l'Ouest du Japon.
- le style GOJORYU (créé par MIYAGI), aux déplacements plus petits mais à la très grande puissance; c'est le style le plus proche de l'ancien Karaté d'Okinawa. On le trouve surtout dans l'Ouest du Japon.
- le style WADORYU (créé par HIRONORI OTSUKA).
Ancien élève de FUNAKOSHI, OTSUKA a d'abord étudié le style SHOTOKAN. Kinésithérapeute de profession, connaissant à fond l'anatomie humaine, il a cherché une méthode plus en accord avec les mouvements naturels du corps.
C'est ainsi qu'il a fait bénéficier le Karaté de l'apport du JIU-JITSU (qu'il pratiquait) en y introduisant notamment l'art des esquives. Il a modernisé certains passages de KATAS mais a conservé, par ailleurs, certaines formes anciennes. C'est sur les conseils mêmes de son professeur, FUNAKOSHI, qu'il a ouvert sa propre école.
Voilà donc les styles de base. D'autres en ont découlé (une quinzaine de styles sont actuellement pratiqués au Japon, tels le SHOTOKAI, le SHUKOKAI, le KYOKUSHINKAI, etc.). Il faut y ajouter les nombreux styles chinois et coréens.
C'est FUNAKOSHI qui appela pour la première fois son art " Karaté ", il y ajouta aussi le suffixe DO (Karaté- Do), car en introduisant l'esprit japonais du BUDO il vit là un moyen, une voie (DO) conduisant à la perfection humaine. D'abord développé en tant qu'art martial, le Karaté se développe de plus en plus en tant que sport.
En 1957, l'année de la mort du FUNAKOSHI, OTSUKA organisa les premières compétitions arbitrées, qui furent des championnats universitaires.
En Europe les styles SHOTOKAN et WADO-RYU sont les plus répandus. De nombreux experts japonais enseignent leur art soit comme conseillers techniques de fédérations nationales, soit comme professeurs dans des clubs privés.
QU'EST CE QUE LE KARATÉ AUJOURD'HUI ?
Le Karaté fut à l'origine un art martial, c'est-à-dire un moyen de vaincre un ennemi sur le champ de bataille; C'est une méthode de combat sans arme, comme l'indique son nom : " Kara " veut dire " vide " et " Te " veut dire " main. " Le Karaté est donc l'art du combat à main nue. En réalité, les possibilités qu'il offre sont bien plus nombreuses. Art guerrier sans arme, il utilise d'une manière efficace et systématique toutes les parties du corps humain pour faire face à un adversaire même armé. Le karatéka (celui qui pratique le Karaté) dispose en effet d'une multitude " d'armes naturelles " : non seulement le poing, mais aussi le pied, le coude, le genou. Ces " armes " sont méthodiquement entraînées afin d'être capables, le cas échéant, de mettre hors d'état de nuire un agresseur éventuel. Le karatéka porte alors un coup unique mais puissant et décisif, sur l'un des points vitaux du corps de son adversaire.
De nos jours, le Karaté est devenu un art de défense. Le karatéka ne ripostera qu'après l'attaque d'un agresseur. " Ne pas attaquer avant d'avoir été attaqué " est la première règle du Karaté, celle qu'apprend tout adepte revêtant pour la première fois sa tenue d'entraînement.
Méthode efficace d'auto-défense, le Karaté est aussi une sévère méthode d'auto-discipline. Il permet de vaincre son propre corps en lui faisant surmonter nombre de difficultés. (Ces difficultés expliquent les abandons de tous ceux qui voudraient apprendre rapidement et sans effort une technique invulnérable). Seuls persévèrent les adeptes qui, par-delà l'aspect physique, dont attirés par les bénéfices mentaux de cet art martial oriental. Toutes les disciplines du BUDO japonais (la " voie martiale ") se rejoignent pour indiquer à leurs pratiquants le chemin conduisant au perfectionnement de la personne humaine à travers les exercices physiques.
" Gakumon ni chikamichi nashi " (Il n'y a pas de raccourci a l'apprentissage).
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